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Internet, levier de solidarité : une première analyse

  • Par villes-internet le

L'association Villes Internet a mené en 2008, une analyse particulière sur les politiques des villes en matière d'internet et de solidarité. Cette analyse s'appuie sur une vaste enquête sur plus de 200 villes participantes aux Labels Villes Internet.

En dehors de nombreux enseignements révélés par ce Label, l'association a tenté plus spécifiquement de savoir comment la «politique internet» des municipalités, intégrait la dimension «solidarité», participait à une recherche de plus grande cohésion sociale et luttait contre des formes diverses d'exclusion.


Pour ce faire, un focus a été opéré sur les villes ayant signé des contrats urbains de cohésion sociale - CUCS - représentant plus de la moitié des villes de l'étude.


En résumé


L'enquête démontre que les villes limitent trop souvent leur politique internet à éviter une nouvelle exclusion (égalité d'accès et d'usages, accès aux droits) ; dans un deuxième temps, internet va être utilisé de manière transversale par toutes les politiques municipales, et tout particulièrement, celles considérées comme facteur d'insertion (éducation, emploi, droits).


Les politiques municipales restent très centralisées et ne vont que trop rarement favoriser l'émergence de pratiques d'une nouvelle culture numérique (participation, ouverture, mise en réseaux...) ; toutefois ces pratiques existent et il semble nécessaire de les encourager.


Des villes dynamiques... et solidaires !


L'étude souligne que les villes en CUCS adoptent des politiques en faveur des usages de l'internet, plus dynamiques que les villes n'ayant pas à résoudre les questions spécifiques des quartiers dont les populations rencontrent de nombreuses difficultés.


Ce constat confirme une donnée maintenant bien connue et beaucoup plus générale : l'usage du net est d'autant plus répandu et soutenu qu'il répond à un besoin. Ici, le besoin c'est la solidarité. Et pour renforcer cette solidarité, il convient non de partir de la technologie, mais toujours et encore d'une forte volonté politique.


Lorsqu'une équipe municipale est confrontée à de graves questions de cohésion au sein de la population, elle a l'obligation d'être particulièrement dynamique et inventive, ceci avec ou sans internet. Dès lors, il est cohérent que les villes ayant des CUCS, soient plus actives en matière d'internet.


Dans les politiques municipales, l'outil technologique vient :


1/ Prioritairement, éviter de voir émerger une nouvelle exclusion, celle de l'accès et de l'usage de l'internet ;


Dans de nombreuses villes, les lieux publics d'accès à Internet sont choisis spécifiquement dans des quartiers difficiles (dans les quartiers ZUS, par exemple à Saint Laurent de Blangy ou dans un centre sportif à Saint Paul Trois Chateaux) ; notons l'initiative de la ville d'Argentan, qui, grâce à un «proxi'bus» lutte contre l'exclusion géographique des populations rurales éloignées.


Ce qui est vrai pour les lieux, est également vrai pour les publics étant ou risquant d'être marginalisés, du fait de leur âge, sexe, culture, éloignement géographique ou difficultés économiques. Des formations ou actions spécifiques sont développées par de nombreuses municipalités (ainsi, pour les seniors et demandeurs d'emploi à Lambersart, et pour les jeunes de quartiers, ou personnes souffrant d'un handicap, à Laval) ;


Enfin, les villes se mobilisent également sur l'équipement, pour doter ces publics des outils informatiques. C'est le cas à Courbevoie ou à Fontenay sous Bois, où des actions de recyclage des matériels informatiques bénéficient prioritairement à des populations défavorisées.


Parallèlement à cette politique d'insertion numérique, les municipalités se mobilisent également pour améliorer l'accès aux droits et aides des publics défavorisés. C'est le cas pour les sites internet des villes de Canejan, de Trith Saint Leger ou encore de Meylan, qui décrivent précisément les aides sociales, démarches, structures d'accompagnement utiles aux populations en difficultés.


2/ Parallèlement, Internet vient irriguer toutes les politiques municipales... et contribuer à lutter contre une exclusion déjà existante.


L'enquête constate qu'internet est utilisé dans toutes les politiques municipales, particulièrement celles considérées comme fondamentales à une meilleure cohésion sociale, telle l'éducation et l'emploi.


Ainsi, de nombreuses municipalités s'appuient sur l'outil internet dans leur politique Education, l'école étant un des premiers lieux de vie où on peut tenter de réduire les inégalités. Au-delà de l'équipement des classes (Echirolles ou Merignac), ou de soutien scolaire (Argentan, Besançon), les villes travaillent avec des structures d'éducation populaire comme à Grigny, et mènent de nombreuses actions d'alphabétisation pour tout public (Noisy le Sec, Pierrefitte sur Seine).


En matière d'emploi, autre source d'exclusion, les municipalités mettent en place des structures de formation et d'aide à la recherche d'emploi (Vannes, Croissy sur Seine) et recherchent à rassembler en réseaux tous les acteurs oeuvrant dans ce domaine, afin de rechercher une plus grande cohérence de leurs actions de lutte contre le chômage (Saint Joseph de la Réunion, Mérignac, Lomme et son portail collaboratif).


Progressivement, toutes les autres politiques municipales sont également irriguées, certes de manière inégale, par l'outil internet, majoritairement pour améliorer l'accès à l'information. Qu'il s'agisse d'accès à la culture (K'ARTiers Festival à Laval) et aux loisirs (Jouy en Josas ou Bretigny sur Orge), de patrimoine (Argentan) ou de vie quotidienne (La Garde).


Aider les villes à entrer dans l'ère numérique


L'ensemble des approches municipales se caractérise par un simple constat : l'internet reste et demeure un outil au service d'une politique municipale. Et principalement un outil d'information.


Trop peu de villes encore tentent de modifier les pratiques en cours, les relations aux administrés et aux habitants, les formes de conception et de mise en oeuvre des politiques municipales ; les expérimentations, la créativité, l'acceptation du risque, l'appel à l'imaginaire restent rares.


Ainsi, l'enquête démontre que dans la grande majorité des politiques municipales, Internet est encore considéré comme un outil ; la technologie, la machine semble encore loin de disparaître, et de se rendre invisible dans des pratiques.


La culture numérique se caractérise par l'approche horizontale, complexe, multiple et partagée de toute réalité sociale ; ce que nous résumons souvent par «l'approche en réseaux» ; les mots clefs qui caractérisent cette culture émergente sont : don, partage, solidarité, confiance, participation, réseaux, jeu... Et cette culture numérique est naturellement «incluante», intrinsèquement solidaire. D'où l'urgente nécessité de s'inspirer et d'étendre les pratiques d'usages de l'internet de villes ayant contracté un CUCS, qui face à un surplus de difficultés, font preuve d'innovation politique et sociale.


Car l'approche municipale demeure trop souvent centralisée. L'enquête constate que les politiques internet des municipalités sont principalement «top/down», de la mairie et de ses services vers les habitants. Très rarement des populations vers la mairie.


Toutefois, le constat ne doit pas être trop sévère, car apparaissent de plus en plus nombreuses de nouvelles pratiques à l'initiative ou non des municipalités.


Des espaces de libres d'expression, et des réseaux d'échanges sont facilités par les villes, tels le portail dédié à la participation des habitants de Grigny ou les nombreux forum de discussion à Saint Martin D'Hères. Certaines villes vont plus loin et aident à la formation à l'expression, et à la production de contenus et de sites associatifs (Grigny, Brest).


On trouve également de plus en plus de municipalités qui «aident à faire» plutôt que de faire elles seules, tout particulièrement dans la constitution et l'animation de réseaux sociaux (Grenoble et le réseau Peuplade, ou la mise en réseau des enfants de divers centres sociaux, à Marly). La volonté de «contrôle» des équipes municipales cède la place à des démarches d'évaluation collective (Grigny et SDnet).


Des dispositifs innovants, tels «voisins solidaires» à Merignac, laissent à la population le soin de résoudre un certain nombre de demandes ciblées et de problèmes spécifiques. Et de nouveaux modes d'expression telle la Web TV de Saint Laurent de Blangy, contribuent à changer le regard sur la création et la diffusion de l'information.


Toutes ces démarches doivent être valorisées. L'expérimentation est au coeur de la mutation à opérer vers des sociétés numériques. De nombreuses villes l'ont compris, certaines sont encore trop prudentes. Mais toutes ont besoin d'être soutenues et accompagnées.


Et dans chaque ville les lieux dédiés ont un role fondamental assumé par les animateurs d'espaces multimédia.


Pour un service public égal il y a urgence à ce que les acteurs échangent leurs valeurs, leurs pratiques et leurs expériences !


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